par Marie-Claude Boisvert Éditrice en Chef

L’idée de cet article m’est venue lors d’une visite à mes collègues de Londres. Assise côte à côte avec un de mes collègues masculins, je recule d’un pas dû à ses nombreux raclements de gorge et toussements.

– Une vraie grippe d’homme, il n’y a rien de pire, me dit-il de son accent des plus british.

– Rien de pire ? répliquai-je d’un air peu convaincu.

Évoluant dans un milieu plutôt masculin, je vis deux autres de mes collègues se retourner afin de confirmer qu’il n’y avait vraiment RIEN de pire qu’une grippe d’homme.

– Vous me faites rire. Ce n’est seulement qu’une grippe. Les femmes réussissent à survivre aux accouchements qui sont littéralement l’équivalent d’essayer de se sortir un pamplemousse d’une narine. Ce n’est pas une petite grippe qui va vous tuer.

Après avoir ri un bon coup, mes collègues se regardèrent de façon complice afin d’essayer de me convaincre qu’une grippe d’homme était un tel calvaire, un tel fléau qu’elle pouvait être encore pire qu’un accouchement. Bien sûr, ceux-ci exagéraient le tout, mais était-il vrai qu’il y avait une différence dans la façon dont le virus de la grippe attaquait les hommes plutôt que les femmes ?

Je commençai à m’intéresser au sujet. Oh combien de fois dans ma vie avais-je entendues l’expression « Une grippe d’homme », le tout était-il fondé ?

Une récente étude du docteur Francisco Úbeda et Vincent A.A. Jansen, tous deux de University of London porterait à croire qu’il y aurait bel et bien une différence dans la façon dont certains virus affecteraient les hommes et les femmes.

Plus forte que nous le pensons

Les études prouvent qu’en moyenne, les femmes survivent en plus grand nombre aux infections mortelles. Par exemple, les hommes infectés par la tuberculose ont 1.5 fois plus de chance de décéder de la maladie que leur équivalent féminin. Pour ce qui est du virus de la grippe, les recherches de l’université de Standford démontrent que les femmes auraient des anticorps plus résistants, ce qui leur donne une meilleure protection contre le virus. NOUS SOMMES PLUS FORTES QUE NOUS LE PENSONS.

Mais pourquoi en est-il ainsi ? Francisco Úbeda et de Vincent A.A. Jansen ont élaboré un modèle mathématique (la biologie rencontre les mathématiques) afin d’explorer la transmission et la virulence de différents virus selon le genre.

« Les virus évolueraient peut-être afin d’être moins dangereux pour les femmes, afin de préserver la population féminine. »

Chercheur Francesco Ubeda

Modèle Francisco Úbeda et Vincent A.A. Jansen’s 

Tout d’abord, résumons/généralisons (ne vous inquiétez pas ce sera rapide et pas trop compliqué ) rapidement la transmission de virus. La transmission de virus peut subvenir de façon horizontale ou verticale. Le virus se transmet d’un individu à un autre de même génération (transmission horizontale) ou il se transmet de la mère vers le fœtus (transmission verticale).

La gente féminine, en portant la vie et en allaitant, transmettent leurs anticorps ainsi que certains virus à l’enfant, les pathogènes s’adaptent et évoluent en étant moins virulent chez elles. Les résultats de ces deux chercheurs suggèrent que le virus aurait avantage à être moins agressif envers les femmes afin de réduire le risque de mort et d’augmenter les chances d’infecter aussi l’enfant (encore plus vrai pour les virus avec un plus grand taux de transmission verticale). Les virus seraient donc intelligents ?

Le fait d’allaiter plus longtemps permettrait aux femmes de se constituer un système humanitaire plus fort. Ce qui en vient à créer un débat social. Le fait d’allonger à long terme le temps d’allaitement afin de sauver la vie de certaines femmes (afin de renforcir leur système humanitaire) peut venir en opposition avec le fait de risquer de passer des infections à l’enfant ayant plus de chance de contracter ses infections par allaitement.

La plupart des données recueillies sur l’effet de l’allaitement comparent le Japon aux Caraïbes, où l’allaitement y serait plus long.

Ces deux chercheurs tenteraient de modéliser la transmission de virus à l’aide de vecteur de transmission. Les deux sexes auraient la possibilité de transmettre le virus par transmission horizontale, mais les femmes auraient aussi la possibilité de transmettre celui-ci par transmission verticale. Ce modèle utiliserait ces caractéristiques afin de modéliser la différence dans l’évolution de la virulence des pathogènes par genre.

Ce sujet d’étude bien que des plus intrigantes en est encore au stade des premières recherches.

Sabra Klein, ayant effectués plusieurs recherches sur le système immunitaire à Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health à Baltimore, évoquerait d’autres causes afin d’expliquer ces différents résultats. Elle cite entre autres la culture d’un endroit, l’ethnicité et bien d’autres.

Comme mes années d’études en mathématiques m’ont bien appris, il y a une différence entre une corrélation et un effet de causalité (ce n’est pas parce qu’il y a un lien fort entre deux variables que l’une est responsable de la seconde). Les statistiques sont des outils forts et très utiles, mais qui doivent parfois être pris avec précautions.Ici l’étude en detail.

Les hommes aspiraient à être aussi forts que les femmes

Un virus intelligent ? Bien que s’imaginer un virus ayant un petit cerveau machiavélique analysant les probabilités d’affecter le plus grand nombre de gens possibles semble irréaliste, comment se peut-il que les pathogènes détectent le genre de l’individu infecté ?

Pour Vincent A.A. Jansen, cette question reste encore sans réponse, mais il y a plusieurs sortes de différences hormonales et autres paramètres de transmission qui sont singulière chez l’homme et la femme. Une fois le méchasime de classification employée par les virus identifiés (si cela s’avère possible), la porte à la manipulation de ces mécanismes sera ouverte. Les chercheurs pourront se concentrer sur un moyen de « faire croire » au virus qu’il entre en contact avec un corps féminin plutôt que celui masculin.

Même si les chercheurs s’entendent sur la possibilité de truquer les virus à l’aide de médications, le Dr Ubeda met l’emphase sur le fait que nous ne sommes pas encore rendus à ce stade et que pour le moment le tout relève du fantasme ou encore de la science-fiction.

Les hommes accepteront-ils de se plier au jeu et de truquer les virus afin de leur faire croire qu’ils sont aussi fort qu’une femme 😉? Le tout s’inscrira aussi dans un débat éthique (toujours et encore).

Pour la suite…

Bien que les études n’aient qu’effleuré la surface du sujet, il sera intéressant de suivre les développements dans les prochaines années à savoir s’il sera possible de tromper les virus sur le sexe de la personne qu’il attaque et quelles en seront les conséquences.

D’ici là, je dois abdiquer et donner le bénéfice du doute à mes collègues sur l’abomination qu’est une « grippe d’homme », le tout à prendre avec un grain de sel.