par Marie-Claude Boisvert, Éditrice en chef

Mon verre de Chablis à la main, assise devant Justine en attendant nos makis au saumon, nous ne pouvions nous empêcher d’écouter la conversation de nos voisines tout en commentant. Après tout, elles parlaient SI FORT qu’il était inévitable d’entendre que ROBERT ET ELLE ÉTAIENT FAITS L’UN POUR L’AUTRE. Cette fille s’emblait tellement en amour, que je pouvais voir les papillons qui virevoltaient dans son ventre sans même l’aide d’un appareil à rayons-X. Il fallait se l’avouer, elle était mignonne.

De notre côté, il y avait moi; la célibataire endurcie qui recherchait, sans cesse, ces petits papillons, et Justine en couple depuis la nuit des temps qui se voyait comblée par une bonne dose de stabilité.

– Hey Justine, do you still feel those butterflies in your stomach?

– Hey Justine, toi tu les ressens encore ces papillons?

– Oui et non, certainement pas quand je suis en train de laver ses boxers sales, mais oui, je les ressens encore, ou disons plutôt que… je l’aime tellement pour ce qu’il est vraiment… Je ne sais pas, parfois je retrouve les papillons mais c’est simplement un peu différent…

L’amour… Ah l’amour… si complexe, si brutal, si passionnel, ces montagnes russes d’émotions qui nous envahit, mais pourtant si addictif. Plusieurs experts ont énoncé différentes théories concernant différents stades de l’amour, qui poussent tous sensiblement vers la même théorie des 3 stades: l’appétit sexuel (attirance), l’amour-passion et l’amour-tendresse. Selon Arthur Aaron, PhD en psychologie social, ces trois stades seraient en quelque sorte des étapes. Pour Helen Fisher, anthropologue, il s’agit plutôt de différents types d’amour qui certes peuvent être évolutifs mais qui ne le sont pas nécessairement. Selon elle, c’est lorsque les trois systèmes sont alignés que l’on ressens cette ‘’connexion cosmique’’.

L’appétit sexuel (attirance): Cette sensation de forte attraction peut souvent être ressentie pour plus d’une personne à la fois. Les psychologues ont démontré qu’il prend entre 90 secondes et 4 minutes afin de savoir si l’on fantasme sur quelqu’un. Cette réaction est stimulée à 55 % par le langage corporel, 38% par le ton de voix et seulement à 7% par ce que la personne dit réellement. Il est aussi prouvé que l’attraction est au plus haut niveau lorsque le corps est déjà stimulé. On associe l’excitation et l’adrénaline dans notre corps à l’autre personne. Ce n’est pas pour rien que les festivals de musique ou les bars sont des lieux classiques de rencontre.

Je devrais suggérer à notre voisine de table d’aller au parc d’attractions avec le beau Robert, l’adrénaline au maximum dans les montagnes russes et hop, ils vécurent heureux pour la fin des temps.

L’amour-passion; les papillons qui virevoltent: Cette forte sensation est associée à la sécrétion de dopamine, hormone de la passion. Cette hormone nous amène à focusser sur une personne en particulier, on peut la résumer à la préférence de partenaire. L’amour passion est aussi associé à un bas niveau de sérotonine, niveau comparable aux gens souffrant de trouble obsessif compulsif. En plus d’un bas niveau de sérotonine, la partie limbique du cerveau (reliée au plaisir) se voit stimulé, le tout nous fait voir la vie sous un meilleur angle, tout autour semble amélioré, plus simple. De plus, l’amygdala, partie du cerveau associée à l’hypothalamus, se referme. Sachant que cette partie du cerveau est responsable du jugement et de la confiance, l’expression « l’amour est aveugle » prend tout son sens. La dopamine et la sérotonine nous amènent à penser à l’être aimé jour et nuit, à idéaliser notre partenaire, à vouloir constamment se trouver en sa présence et même en être complètement obsédé. On a aussi tendance à tomber pour quelqu’un de mystérieux, étant curieux notre niveau de dopamine s’élève.

Et voilà peut-être pourquoi je suis encore une célibataire endurcie, OH MOI LE LIVRE OUVERT!

Comme toute drogue, notre corps finit par s’habituer à cette sensation de plénitude, la sensation se faisant moins forte. Certains disent que l’amour-passion ne dure que de 3 mois à 3 ans, de là la fameuse étape des 3 ans. Pourtant, selon d’autres tel Helen Fisher, il n’y a pas vraiment de temps limite, certains disent même ressentir continuellement ces petits papillons.

L’amour-tendresse; l’attachement: Cette sensation de sécurité et d’apaisement, ce cocon d’amour que l’ont bâti avec cette personne spéciale. L’amour tendresse est lié à l’hormone d’ocytocine, hormone de l’amour, souvent reliée à une intimité profonde, elle a tendance à durer plus longtemps que la dopamine (la passion). Selon le Dr. Aaron, cet attachement profond a beaucoup plus tendance à se faire lorsque l’on se sent apprécié par l’autre. Les petites attentions ont un grand impact, selon lui, sur l’amour-tendresse, sur l’attachement. L’hormone de dopamine s’intensifie lors d’un attachement plus profond, un engagement tel le mariage, l’amour commun pour un enfant, ou autres. Celle-ci est accompagnée de la vasopressine associée à la monogamie.

Attention, cela ne veut pas pour autant dire qu’un mariage ou un enfant est gage d’amour éternel, au contraire, il faut sans cesse se renouveler afin de ressentir encore les biens faits de toutes ces hormones, la passion, l’attachement et tout ce qui fait de l’amour cette si merveilleuse petite chose. De plus, le fait de ressentir l’amour tendresse n’empêche pas le système limbique de rester actif et la sécrétion de dopamine ressentant toujours une passion envers son partenaire.

Je regardais Justine dans les yeux et ne puis m’empêcher un commentaire sur notre nouvelle voisine de table préférée.

– On dira ce qu’on voudra, qu’elle finisse ses jours avec Robert ou pas, elle est belle à voir.

– Oui, je sais, on ne devrait jamais arrêter d’aimer malgré tout…

L’amour avec un grand A, on le recherche constamment, on aime ressentir cet effet de beauté et de plaisir refléter par ces différentes hormones. Pourtant même si l’on comprend un peu mieux ce qui se passe dans notre corps lorsque l’on est en amour, les experts n’ont toujours pas trouvé pourquoi on ressent de forts sentiments pour tel ou tel personne. Certes, il est prouvé que l’on a tendance à tomber pour quelqu’un qui a des intérêts communs, sensiblement le même niveau d’intelligence, un niveau de beauté semblable, le même contexte socioéconomique,… mais pourquoi une personne plus qu’une autre, nous n’en avons encore aucune idée, c’est là la beauté de la chose.

On ne sait toujours pas pourquoi ma voisine de table à vue son cœur fondre pour ROBERT et non pas pour son frère jumeau (oui, j’en savais maintenant beaucoup sur la vie de Robert), mais on lui souhaite certainement qu’il soit le bon, ou du moins le bon pour un certain temps.