par Marie-Claude Boisvert, Éditrice en chef

7h00 du matin, je reçois un appel de Sarah, ma bonne amie, mon ancienne coloc au grand cœur qui m’a si souvent ramassé à la petite cuillère.

-Je… j’ai fait une bêtise… tu te souviens de Sébastien, le médecin avec qui j’ai travaillé il y a deux ans, lorsque j’étais en résidence…

-Oui, bien sûr…. Comment l’oublier, il te faisait de l’effet comme jamais, l’amour au premier regard…

-Je viens de passer la nuit avec lui à l’hôtel Pur… Il est venu me voir à Québec lors d’un congrès, il m’a dit être en amour avec moi depuis le moment où il a croisé mon regard… Mais il est toujours avec sa femme, sa femme depuis 10 ans, et ils ont une petite fille de 2 ans. MAIS QU’EST-CE QUE J’AI FAIS…

Ma bonne amie fondit en pleure, en crie et j’aurai tellement aimé ne pas vivre à 800 km pour la serrer fort dans mes bras. Sarah était définitivement une des meilleures personnes que je connaissais, toujours prête à aider les autres, se faisant souvent passer en deuxième. Elle avait succombé, succombé à l’homme qu’elle « aimait » secrètement depuis si longtemps.

Il avait beau avoir répété à Sarah qu’elle était la première, la seule et unique, qu’elle était spéciale, il avait beau sembler être le stéréotype du « bon gars », l’infidélité nous fait toujours douter. L’infidélité, l’adultère est un des plus grands tabous de notre société, elle existe depuis aussi longtemps que le couple et elle est probablement là pour y rester. La situation de Sarah m’a donné envie de creuser un peu plus profond. En apprendre davantage sur les différentes théories élaborées par des experts en psychologie qui ont dédié une bonne partie de leur vie à l’étude de ce tabou.

Tout d’abord, qu’est-ce que l’infidélité? Cette question est discutée jour après jour, au bureau ou entre amis. Pour certains, l’infidélité est d’aimer une autre personne, pour d’autres c’est le fait d’avoir une relation sexuelle avec un autre personne que notre conjoint. Il y a aussi les réseaux sociaux pour ce type d’intérêt, ou les agences de rencontres. Le terme monogamie et infidélité peut en mener large. Regardons d’un peu plus près l’infidélité au terme d’une aventure, d’une tromperie charnelle.

Selon Helen Fisher, les trois types d’amour; trois systèmes cérébraux (sex-drive, amour-passion et amour tendresse) (voir article sur L’amour)

peuvent être ressentis en même temps, mais pour des personnes différentes. Selon elle, on peut très bien tomber amoureux d’une personne tout en appréciant la complicité de notre conjoint. Avoir une aventure passionnelle, voir même de grands sentiments amoureux envers une personne, mais ressentir un attachement toujours aussi profond pour la personne avec qui l’on partage notre foyer. Ce qui vient à l’encontre du principe de fidélité.

Sébastien était donc peut-être sincère dans ses sentiments envers Sarah, tout en étant bien avec sa femme; ‘’heureux’’ dans sa famille. Restait à savoir quel sentiment allait-il prioriser, ce qui ne lui empêcherait pas de tout de même ressentir ce cocktail d’émotions.

D’un autre côté, plusieurs sont de l’école de pensée que l’humain n’est tout simplement pas monogame, qu’il serait fait pour avoir une multitude de partenaires au courant de sa vie. Les travaux du professeur David Barash et de sa femme Judith Lipton, MD, sous-entendent que peut importe les époques, l’humain, homme ET femme ne sont pas monogame. Ils ont beaux croire que l’humain n’est génétiquement pas fait pour la monogamie, ils affirment qu’il en ait bien capable, que la fidélité est un principe acquis et non pas inné. Bien drôle de pensé que ces deux chercheurs évolutionnistes sont mariés l’un à l’autre dans la vie.

Biologiquement parlant, certains attribuent une partie de la responsabilité de l’infidélité aux gènes. En effet, nous avons tous un gène nommé DRD4, qui est responsable dans la production de la dopamine (hormone généralement reliée à l’amour-passion (voir l’article sur  l’amour).

Cette hormone qui nous fait ‘’tripper’’, qui nous fait voir la vie en rose serait plus difficile à atteindre pour les personnes ayant un allèle du gène de la DRD4 plus long. Il leur faudrait plus de stimulation pour ressentir cette sensation de plénitude. Le type d’infidélité souvent commise par ces personnes est de nature d’une attirance intense; une aventure qui leur amènerait un niveau d’adrénaline supérieur. Les gens ayant un allèle de DRD4 plus long sont aussi plus susceptibles aux problèmes de boissons, de jeux et tout autres excès.

Peu importe la raison d’une tromperie, plusieurs études dans différents pays démontre qu’entre 90-95% des gens, sont d’avis que tromper est fondamentalement mal. La plupart d’entre eux ayant commis l’adultère avouent d’ailleurs ressentir des regrets. Pourtant plus de 30% des Américains avouent avoir déjà été infidèle. 76% des Américains restent ensemble malgré une infidélité, de ceux-ci la grande majorité sont de ceux qui avoue à leur tromperie à leur partenaire. La psychothérapeute belge, Esther Perel, spécialisé en infidélité rapporte qu’après un aveu, souvent le couple en vient à une meilleure communication, à se prendre moins pour acquis. Les deux parties, aussi bien la personne tromper que l’infidèle, s’expriment plus librement. Elle en vient à dire que malgré que l’infidélité soit une vraie plaie dans un couple, elle peut parfois avoir du bien.

Peu importe les nombreuses théories, Sébastien avait fait le choix de flancher pour Sarah, de se déplacer jusqu’à Québec équipé de condoms, dans sa valise. Il avait beau avoir toutes les excuses du monde, on pouvait bien le traiter de salaud, ou encore dire que l’on comprenait son attirance pour ma belle amie, il se devait maintenant de vivre avec la situation. Être complètement honnête ou vivre avec le secret, de tout laisser tomber ou tenter de reconstruire son couple à sa façon. De son côté, malgré que la balle n’était pas dans son camp, ma belle amie devait aussi voir qu’est-ce qu’elle attendait de cette flamme. Leur passion était belle, mais complètement destructrice pour tous; comme dirait Esther Perel, l’infidélité est un peu comme un cancer, elle affecte bien au-delà du couple , mais ce mal du monde y est pour rester…