par Marie-Claude Boisvert, Éditrice en hef

Le soleil rayonnait sur mon visage, longeant la seine en cette belle journée d’été; Paris, 8h30. J’avais beau être dans la ville lumière, visitant ma plus vieille amie, j’étais triste, déprimée et tout cela dû à mon cœur toujours et encore en mille morceaux. Voilà maintenant plusieurs mois que je n’avais plus de contact avec Samuel, que nous ne nous tiraillons plus comme à l’habitude, que nous ne partagions plus tous nos secrets, pourtant ce point au ventre y était toujours; je ne pouvais m’empêcher de verser quelques larmes tous les jours.

Cette douleur psychologique était mille fois plus éprouvante que n’importe quel bras cassé, gifle au visage ou autre coup physique. Elle était si forte, que parfois je n’en pouvais plus de me supporter moi-même. Le temps arrange les choses, mais pourquoi dont cette douleur était si lourde, si intense?

L’amour, cette drogue puissante!

Tout d’abord, selon les recherches du Dr. Brown et Helen Fisher, anthropologues, l’amour est littéralement une drogue. Lorsque l’on « tombe en amour », les mêmes régions du cerveau actif lors de la consommation de cocaïne se voient activées, principalement la région responsable du plaisir (reward pathway), les neurones reliés à cette région envoient des flots de dopamine qui activent le cerveau, créant une dépendance en plus de rehausser le taux de sérotonine (voir article Amour pour plus d’infos sur la dopamine et sérotonine). Lors d’une rupture, notre corps ressent les mêmes effets que lors d’un sevrage de drogue, cherchant à retrouver ce qui cause cette sensation de plénitude. Brown et Fisher en sont venues à ces conclusions en faisant passer des tests de résonance magnétique chez des patients venant de se faire larguer.

L’activité dans ces régions du cerveau se voit largement augmentée lorsque les patients se retrouvent confrontés à des photos de l’être aimé. La dopamine active les circuits du cerveau créant un effet de désir, de besoin à combler. Notre cerveau en réclame encore et encore, donnant parfois même la sensation d’aimer la personne encore plus que lors de la relation! YOU ONLY KNOW YOU LOVE HER WHEN YOU LET HER GO! (petite référence à ce one hit wonder de Passenger).

De plus, le fait de « tombe en amour » est relié à la partie de notre cerveau qui contrôle notre inconscient, tel le plaisir ou les petits gestes simples du quotidien. Après s’être fait larguer, notre inconscient reste en amour avec notre ex, même si cette rupture s’est très mal terminée et qu’il n’est pas rationnel de toujours ressentir de forts sentiments. Comme le dirait si bien le Dr. Brown, « Pas étonnant que ce soit si difficile de contrôler nos sentiments ».

Pourquoi est-ce que j’ai envie de t’envoyer 22 messages par jour?

Cet effet de sevrage nous amène à avoir parfois des réactions inhabituelles, voir exagérées. La partie du cerveau qui est responsable de notre motivation, de l’ambition; le lobe frontal, en particulier le cortex préfrontal, devient plus actif lors d’un rejet, en plus de la région du plaisir qui se voit confus (tel que mention ci-dessus). Le sentiment d’attachement que l’on ressentait durant la relation s’intensifie. Ce manque, tel un sevrage, nous pousse vers ces réactions exagérées, nous sommes prêts à tout faire pour combler ce manque, à retrouver ces hormones de plénitudes, notre cerveau se met en mode panique. Ce sont ces différents processus qui poussent à devenir irrationnel, impulsif et même un peu stupide; envoyer 22 messages à son ex, faire des appels nocturnes un peu pompettes, ou encore faire l’amour à nouveau avec son ex… Nous sommes poussés à prendre de plus grand risque afin d’obtenir un plus grand gain; un peu comme la théorie du « risk-reward » en finances. Il serait intéressant de faire une étude sur les relations de couples des plus grands trader afin de voir si leurs positions les plus risquées auraient été prises lors d’un rejet amoureux  😉 !

J’ai littéralement l’impression de m’être fait passer dessus par un dix roues

Une peine d’amour n’affecte pas seulement nos émotions, une vraie douleur physique se fait ressentir. Le cerveau se plaçant en mode panique, des effets de stress intenses peuvent donner des maux de ventre ou de tête. Ce stress peut, dans quelques cas rares, s’avérer si intense que le cœur peut littéralement lâcher chez les personnes à troubles cardiaques, d’où l’impression d’avoir le cœur brisé. Le cerveau interprête donc la douleur physique de la même façon que si notre cœur s’était réellement fendu en deux.

Selon différentes théories, dont celle de Helen Fisher ainsi que des recherches à l’université de Binghamton, les peines d’amour seraient si difficiles et blessantes dans le but de nous donner envie de nous investir a fond dans nos relations. Cette douleur si forte que l’on a tendance à faire plus d’effort et par le fait même bâtir une famille. Tout cela dans le but de continuer notre lignée, se reproduire, faire des bébés quoi!

Il était maintenant 9h00, temps de rentrer chez ma bonne amie pour le petit-déjeuner. J’étais heureuse d’avoir supprimé Samuel de tous mes réseaux sociaux ainsi que d’avoir sagement supprimer son numéro de téléphone, mettre des barrières à mon impulsivité, moi qui pouvais être TRÈS spontanée par moment. Le temps allait arranger les choses. S’il y avait bien une chose que j’avais retenue de mes recherches est que malgré toute cette peine, notre corps était bien fait. En même temps que toutes ces hormones nous font vivre l’enfer, une partie du cerveau nommée ; le cortex préfrontal ventrolatéral procède lentement à un rétablissement émotionnel, nous faisant imaginer un meilleur futur sans notre ex. Je repris mon jogging, un peu plus optimiste face au future, j’allais lentement, mais surement m’en remettre, il y avait de l’espoir au bout du tunnel.